Le contenu de cet article n'engage que son auteur : Régis Portalez
les gens face à un machine macroniste

Réflexions sur la puissance nuisible du macronisme

Et sur les machines propres à développer cette puissance


Personne n’ignore que le macronisme peut être la cause de souffrances, qu’il possède même une grande puissance destructrice : les machines macronistes1, aujourd’hui si répandues, en sont une preuve parlante à tous les yeux.

C’est au macronisme que doivent être attribuées les grands souffrances qui frappent nos regards dans notre pays ; c’est à lui que sont dues les mutilations de manifestants, l’appauvrissement de millions de personnes, la mort à la rue de centaines d’autres, la violence de la police, la poursuite de militants syndicaux, la convocation de journalistes aux services de renseignements, la corruption généralisée, la destruction de l’école, celle de l’hôpital et des autres services publics, la précarité de tant de travailleurs ; enfin les humiliations internationales, les engagements dans des conflits impérialistes, reconnaissent aussi pour cause le macronisme.

Cet immense réservoir de nuisance ne semble pas connaître de limites, si bien que son étude est du plus haut intérêt.

Nombre d’auteurs, notamment Stefano Palombarini et Bruno Amable2 ont pu en former une étude théorique détaillée, à la fois de ses origines et de ses perspectives.

Plutôt que de mener une étude physique des phénomènes produisant le macronisme et conduisant à ses transformations, nous en avons réalisé une étude phénoménologique quant à ses manifestations physiques et la façon dont ils sont perçus par les corps des citoyens. Cette étude nous a mené à la formation de principes. La formulation de ces principes, qui nous semblent toujours vérifiés, invariants par translation dans le temps et l’espace, permettra aux militants et aux citoyens, nous l’espérons, d’avoir une base ferme et indéfectible quand il s’agira d’analyser un nouveau phénomène macroniste.

Au cours de nos six années d’observation attentive du macronisme, nous sommes arrivés à la conclusion que trois principes suffisent à résumer à la fois la nature du macronisme et ses manifestations. Tels Sadi Carnot qui, dès 18243, décrivait les principes fondamentaux de la thermodynamique sans aucune connaissance des futurs travaux de Boltzmann, nous espérons laisser une approche phénoménologique qui sera féconde, aucunement incompatible mais au contraire tout à fait complémentaire d’une approche statistique, psychanalytique4 ou philosophico-politique.

Principe zéro (ou : premier principe forme faible) : Il n’y a pas de bonne nouvelle macroniste

Le macronisme, au premier chef en la personne d’Emmanuel Macron, procède régulièrement à la production de phénomènes pouvant être interprétés naïvement comme de bonnes nouvelles. Ainsi en va-t-il de « make the planet great again », ou de l’égalité entre les femmes et les hommes déclarée grande cause nationale. Les exemples de supposés gages donnés à une cause, quelle qu’elle puisse être, qui importe à une part quelconque de l’opposition au macronisme, sont innombrables. Grande cause nationale par ci, nomination par là.
Pourtant, et c’est toujours vérifié, ces annonces ne sont jamais autre chose de mieux que des annonces. Elles font parler, certains s’en réjouissent et y voient le signe d’un « virage de gauche » ou d’un « infléchissement ».
Au mieux, elles sont de pures coquilles vides destinées à faire parler de ce vide. Ainsi en va-t-il de « make the planet great again ». Il ne s’est strictement rien passé sinon du pire (voir la forme forte de principe, détaillée ci-dessous). Ce qui seulement se passe, en général, c’est de la production de verbiage inutile chez Libération ou dans une gauche molle cherchant à rester éligible au sein de l’hémémonie macrono-fascisante, c’est-à-dire qui n’est pas de gauche du tout mais dispose encore de l’accès à la parole au niveau national.
Au pire, elles sont des paravents cherchant à masquer une réalité complètement différente de l’annonce en elle-même. Quand Macron nomme Pap Ndiaye, si beaucoup y ont cru, c’est qu’ils ne disposaient pas encore des principes détaillés ici. Noir, historien, universitaire, il a pourtant continué la destruction de l’école et de l’université avec détermination. Quand des flics rentraient dans des universités, il n’a rien dit. Quand des étudiantes se faisaient violer par des policiers, il n’a rien dit. Quand des enseignants ou des étudiants se suicidaient, il n’a rien dit. Etc. Ni surtout rien fait contre les politiques qui conduisent à ces choses. Pire, il a poursuivi ces politiques. Et cela pouvait se savoir dès la nomination.
Ce premier principe, dans sa forme faible énoncée en titre, est le plus important de tous, semblable à la conservation de l’énergie formulée par notre camarade Carnot. Quoi que puisse annoncer la macronie, ce n’est jamais une bonne nouvelle.

Premier principe (forme forte) : S’attendre au pire mais savoir que ce sera encore pire

Certes, il n’y a pas de bonne nouvelle macroniste. Cependant, ce principe s’étend à une forme forte : non seulement il faut s’attendre au pire mais savoir que ce sera encore pire.

Le macronisme en effet, et c’est une de ses caractéristiques principales, désire non seulement le pouvoir et son exercice mais également l’humiliation de l’abus de ce pouvoir. Semblable au capitaliste gorafisé5 qui désire montrer sa souveraineté sur la production jusqu’à l’absurde, c’est-à-dire jusqu’à la production de cartes panini basées sur la blockchain, le macronisme ne se contente pas d’imposer sa loi, il veut la pousser au pire.

De même que pour la forme faible de ce principe (ou principe zéro), les exemples sont nombreux. Donnons quelques exemples et laissons le lecteur compléter une liste qui, poursuivie exhaustivement, rendrait ce texte illisible tant sa longueur serait rédhibitoire.

En 2023, une pétition sur la dissolution de la BRAV-M atteint quelques centaines de milliers de signatures sur le site de l’assemblée nationale. La loi prévoyait alors son examen en commission. Il fallait évidemment s’attendre au pire : que la commission nomme une autre commission qui enterrerait le dossier. Cela aurait suffi à n’importe quel pouvoir autoritaire mais pas à la macronie. Il fallait rajouter l’humiliation à la défaite, et c’est ainsi que la pétition a été déclarée irrecevable et n’a pas été examinée.
En 2019, Anas, étudiant à Lyon, s’immole par le feu en laissant derrière lui un texte sans ambiguïté : « Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable, si je vise donc le bâtiment du CROUS à Lyon, ce n’est pas par hasard, je vise un lieu politique du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et, par extension, le gouvernement. […] J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes. J’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires ». Un geste pour le moins politique, donc. Il fallait s’attendre au pire : qu’un ministre quelconque se rende à son chevet et annonce des mesures vides en enfilant des mots creux. Cela, encore, aurait été le lot de n’importe quel étudiant suicidé dans un régime autoritaire soucieux de préserver les apparences. Mais non, il fallait que la macronie rajoute l’humiliation à la douleur. Ainsi Gabriel Attal, alors secrétaire d’État, dans ses œuvres : « Il n’est jamais un acte politique que de tenter de mettre fin à ses jours ».

Deuxième principe : Prendre l’argent là où il y en a besoin mais où il n’y en a pas pour le mettre là où il n’y en a pas besoin mais où il y en a beaucoup

Forme politique française contemporaine du capitalisme néolibéral, le macronisme obéit à une seule règle de conduite : appauvrir les pauvres pour enrichir les riches. Cela était annoncé dès la campagne présidentielle de 2017 avec la suppression de l’ISF. Conformément aux principes précédents, cela était couplé avec des annonces qui n’étaient pas de bonnes nouvelles mais de purs mensonges ou des contre sens. Cela a abouti à l’appauvrissement des associations d’intérêt général (via le tarissement des dons), à la réduction de l’investissement dans les PME (qui bénéficiaient d’une niche fiscale) ainsi qu’à, naturellement, l’enrichissement des riches.

Depuis, cette politique est menée avec détermination, dans tous les segments où elle peut l’être. Ainsi en allait-il de la réforme des retraites : piller les droits des travailleurs pour financer des allègements de cotisations (dont seuls bénéficient les grands groupes). Réformer le chômage pour prendre aux gens qui avaient déjà peu et donner à des grandes entreprises qui avaient déjà trop. Conditionner le RSA pour prendre à ceux qui avaient encore moins6.

Où que l’on tourne le regard, on cherche encore une quelconque mesure de redistribution vers le « bas ». Et on ne trouvera jamais parce que le macronisme est un système de redistribution vers le « haut ». Riches, les journaux, la télé, les « intellectuels », s’occuperont de peindre la douleur de votre condition et la peine que constituent pour vous la fiscalité ou la jalousie d’un peuple détestant la réussite. Pauvres, on dressera au mieux de vous un tableau misérabiliste sans la moindre analyse causale, au pire on démolira jusqu’à votre famille si vous avez le malheur de vous plaindre trop fort.

Évadé dans une malle ? On vous accordera une interview complaisante. Fraudeur fiscal ayant déménagé ses actifs en Belgique ? Le service public vous léchera les chaussures jusqu’à ce qu’elles brillent. Boxeur gilet jaune ? On fouillera dans les moindres détails de votre vie pour vous détruire. Plus vous êtes riches en macronie et plus vous pouvez geindre et espérer qu’on s’occupe de vous. Plus vous êtes pauvres et plus vous pouvez attendre l’application du troisième principe.

Troisième principe : Tous les problèmes du macronisme se règlent avec des flics

Le macronisme règle la plupart de ses problèmes par le contrôle ou l’agitation, qui est une autre forme de contrôle. Macron lui-même se décrivait comme le « maître des horloges » et il faut lui reconnaître un certain talent en la matière. Que ce soit par l’exercice du pouvoir d’influence de media détenus par ses clients7 ou par l’émission de phrases suscitant l’agacement ou l’indignation, ou encore par l’annonce de nouvelles provoquant le débat pour décider de si elles sont bonnes (mais dont on sait désormais qu’elles sont mauvaises), le macronisme contrôle effectivement le contenu et l’agenda de la parole politique.

Pourtant, de temps en temps, cela ne suffit pas. La réalité peut être trop grosse pour se cacher derrière un mensonge de plus, fût-il gigantesque. Et cela donne les gilets jaunes, les manifestations retraites, Mayotte, les émeutes urbaines, etc. Les gens arrêtent de délibérer de la dernière parole de telle ou telle machine macroniste et se réunissent dans la rue pour dire ce qu’ils pensent et exiger leurs droits.

Dans ce cas apparaît le problème macroniste typique : on ne peut plus le contenir par le contrôle de la parole ou des horloges. Et la macronie s’en remet alors à son rempart de dernier ressort : les flics, devenus escadron de protection du pouvoir et de ses dignitaires8. Et conformément aux principes précédents, ceux-ci ont carte blanche au point que l’humiliation est toujours rajoutée au pire. A propos de manifestantes violées à Nantes, tel député posait la question au ministre Darmanin et celui-ci de rendre hommage aux policiers. A propos de la mort de Steve, Edouard Philippe assurait que l’intervention de la police n’en avait « rien à voir ». Après les premiers mutilés Gilets Jaunes, Macron les qualifiait d’homophobes antisémites. A Mayotte, privée d’eau, ravagée par la pauvreté, Darmanin envoyait « wuambushu ». A Lannion, privée d’urgences comme tant de villes du pays (et où une petite fille en était morte), encore des flics. A Sainte-Soline, où des militants réclamaient un moratoire sur l’eau : 4000 grenades et au moins deux blessés graves9. A Nanterre, où Nahel était tué par un flic : envoyer encore plus de flics tirer dans le tas10.

Conclusion : que faire ?

Forts de ces principes, il n’y a qu’une chose à faire quand le macronisme annonce quelque chose. Savoir que ce n’est pas une bonne nouvelle. Savoir que ce sera pire que le pire que vous envisagez. Savoir que l’objet est de prendre votre argent pour le donner à immensément plus riche que vous. Savoir que si vous râlez trop fort, vous aurez droit en supplément à un coup de matraque, un tir de LBD et une loi sécuritaire.

De surcroît, il faut savoir que les gens qui discutent du bien ou du mal d’une mesure macroniste ne peuvent être que de trois sortes : des naïfs, des crétins ou des traîtres. Les simples citoyens sont souvent de la première catégorie, les journalistes de la deuxième mais les politiques sont toujours de la troisième. Voir un responsable politique, après tout ça, discuter du bien-fondé d’une mesure macroniste ou en espérer quelque chose au lieu de s’y opposer frontalement est le signe immanquable qu’on a affaire à un traitre de la pire espèce : le genre qui continue de faire vivre l’illusion que les machines macronistes peuvent accomplir le bien.


1. N’importe quel député, ministre, cadre d’entreprise, directeur d’EHPAD, cadre administratif, directeur des ressources humaines ou autre personne en situation de responsabilité hiérarchique dans la société capitaliste en fournit un exemple, y compris malgré lui

2. https://www.raisonsdagir-editions.org/catalogue/lillusion-du-bloc-bourgeois-2/

3. https://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A9flexions_sur_la_puissance_motrice_du_feu

4. https://blog.mondediplo.net/sont-ils-fous

5. https://x-alternative.org/2021/09/29/capitalisme-gorafise/

6. Dans cet exemple, il faut aussi voir une application du premier principe (forme forte) : rajouter l’humiliation à l’arbitraire autoritaire, c’est-à-dire du pire rajouté au pire.

7. https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA

8. https://x-alternative.org/2023/03/29/schutzstaffel/

9. https://x-alternative.org/2023/03/27/jean-jacques-sendort-s-est-dans-le-coma/

10. https://x-alternative.org/2023/07/03/il-reste-tout/