Gaspard Monge : École des travaux publics

vers le 20 messidor an II (vers le 8 juillet 1794)

Institution de l’École nationale des travaux publics

Cette institution doit être considérée soit relativement à son objet, soit par rapport aux moyens d’exécution.

Io De l’objet de l’institution de l’École nationale des travaux publics

L’objet de cette institution est de donner à des jeunes citoyens toutes les connaissances qui sont nécessaires pour ordonner, diriger et administrer les travaux de tous les genres exécutés aux frais de la République.

Les unes font partie des mathématiques.

Les autres font partie de la physique.

Titre 1er : Connaissances mathématiques

Parmi les connaissances mathématiques, les unes exigent l’usage de l’analyse, les autres sont de nature à être acquises par la description graphique des objets.

Chapitre 1er : De l’analyse

On enseignera l’usage de l’analyse et on l’appliquera successivement

  • à la géométrie des trois dimensions,
  • à la mécanique des solides,
  • à la mécanique des liquides.

Chapitre II : De la description graphique des objets

Certains objets sont susceptibles de définition rigoureuse ; leur description graphique exige l’emploi de la règle et du compas ; l’art de les décrire peut être appelé la géométrie descriptive. Certains autres objets ont des formes trop composées pour être susceptibles de définition par imitation. C’est l’art du dessin. article 1

De la géométrie descriptive

1ère année

On enseignera les régies générales et les méthodes de la géométrie descriptive et, pour se les rendre familières, les élèves en feront successivement l’application

  • aux traits de la coupe des pierres,
  • aux traits de la coupe des bois,
  • à la détermination rigoureuse des ombres dans le dessin,
  • à la pratique de la perspective linéaire,
  • aérienne,
  • au lever des plans et des cartes,
  • au nivellement,
  • à la description des éléments des machines,
  • à la description des principales machines employées dans les travaux publics.

On exécutera en grand toutes celles des opérations ci-dessus qui en sont susceptibles.

2e année

On exposera les principes généraux de l’architecture, et on les appliquera successivement au tracé, à la construction et à l’entretien des chaussées,

  • à la construction des ponts,
  • au tracé et à la construction des canaux de navigation,
  • d’irrigation,
  • de dessèchement,
  • aux constructions de tous les genres qu’exigera l’exploitation des mines,
  • à la construction des monuments nationaux,
  • à l’ordonnance des fêtes publiques.

3e année

On développera tout ce qui est relatif à la conservation et à l’entretien des ports militaires et de commerce.

On enseignera le tracé, le défilement et la construction des fortifications de places et de campagne ; on apprendra l’attaque et la défense des places ; et on formera les élèves dans ce genre de service par un simulacre de siège exécuté dans quelques places de guerre.

Article II : Du dessin

On exercera la main des élèves et on leur fera connaître les beautés de l’art et de la nature en les faisant dessiner successivement

  • d’après des dessins,
  • d’après la bosse,
  • d’après la nature.

Titre II : Connaissances physiques

La physique a pour objet les propriétés des corps autres que celles qui dépendent de leurs formes et de leurs dimensions. Parmi ces propriétés, les unes conviennent à tous les corps en général ou appartiennent à des substances qui agissent sur tous les corps ; elles font l’objet de la physique générale ; les autres appartiennent aux substances particulières, classées par genres, espèces et individus ; elles font l’objet de la physique particulière.

Chapitre 1 : De la physique générale

On enseignera dans le cours de physique

  • 1° les propriétés qui conviennent généralement à tous les corps ;
  • 2° celles dont ils jouissent en vertu de l’état
    • solide,
    • liquide,
    • fluide élastique ;
  • 3° les propriétés des substances qui agissent sur tous les corps de la nature telles que
    • le calorique,
    • la lumière,
    • l’élasticité ;
    • on y joindra l’aimant ;
  • 4° les propriétés de l’atmosphère et, par conséquent,
    • la météorologie,
    • l’hygrométrie,
    • la cause des vents ;
  • 5° Enfin, tout ce qui est susceptible de généralité dans la chimie, tel que les lois des attractions chimiques et celles que suivent les corps dans leur composition et leur décomposition.

Chapitre II : De la physique particulière

On exercera les élèves dans des laboratoires particuliers aux préparations des différentes substances employées dans les arts.

Pour les substances salines, on exposera les propriétés des matières qui entrent dans leur composition. On développera leurs usages dans les différents arts.

Pour les substances animales et végétales, les élèves en feront les analyses. Ils exécuteront les combinaisons dont elles sont susceptibles. Ils leur feront subir les préparations qu’elles doivent recevoir pour être employées dans les arts.

Pour les substances terreuses, on exposera leurs propriétés. On en montrera l’usage dans les arts de

  • la maçonnerie,
  • la briquetterie,
  • la poterie,
  • la verrerie.

Pour les substances métalliques, les élève étudieront les travaux chimiques qui s’exécutent dans les mines des différents métaux. Ils exécuteront les procédés des fonderies. Ils s’appliqueront à connaître les opérations des usines. Ils rechercheront la nature des produits métalliques. Ils étudieront l’usage que l’on fait de ces produits dans les arts.

Du nombre des élèves et de leur admission à l’école

article 1er

Le nombre des élèves de l’École des travaux publics pourra être porté jusqu’à 420.

article 2

On n’admettra à l’école que les jeunes gens qui auront fait preuve de bonne conduite et qui, ayant été élevé dans les principes républicains, seront capables des vertus et du dévouement généreux qu’exige le service de la République.

article 3

On n’admettra que ceux qui ayant subi un examen61sur l’arithmétique, sur les éléments de géométrie et sur ceux d’algèbre, auront prouvé qu’ils ont une intelligence suffisante, et qu’ils sont capables de l’application nécessaire pour profiter de l’instruction qui sera donnée à l’école.

article 4

Pour multiplier les ressources de la République et accroître le nombre des candidats, l’examen aura lieu en même temps dans plusieurs communes distribuées sur le territoire de la France, où les candidats pourront se rendre suivant la proximité des lieux et la facilité des communications. Ces communes seront :

article 5

Dans chacune des communes où le concours sera ouvert, le Comité de salut public nommera un examinateur qui sera chargé de juger des qualités intellectuelles et de l’instruction des candidats.

article 6

Dans chacune des communes, l’agent national du district nommera un citoyen recommandable par la pratique des vertus républicaines, et qui sera chargé de juger de la moralité des candidats et de vérifier les attestations de bonne conduite dont ils seront porteurs. Le Comité de salut public publiera les instructions particulières nécessaires pour l’exécution des examens et donnera les ordres pour que les examinateurs soient rendus à leur poste au plus tard le 10 vendémiaire.

article 7

Tous les jeunes citoyens entre seize et vingt ans, autres que ceux qui seront compris dans la première réquisition, pourront se présenter à l’examen. Ceux qui feraient partie de la première réquisition, ou qui seraient attachés à une autre partie du service public ne le pourront qu’autant qu’ils auront reçu l’autorisation explicite du Comité de salut public.

article 8

Nul ne pourra se présenter à l’examen s’il n’est porteur d’une attestation de la municipalité du lieu ou de la société populaire qui prouve qu’il a toujours eu une bonne conduite et qu’il a été élevé dans l’amour de la liberté et de l’égalité et dans la haine des tyrans.

article 9

En arrivant dans la commune de l’examen, les candidats se rendront à la municipalité pour y faire constater leur arrivée et pour y apprendre le lieu et le jour de l’examen.

article 10

L’examen sera public et se fera dans le lieu indiqué par la municipalité.

article 11

Les candidats seront d’abord examinés sur les rapports du républicanisme et de leur conduite morale par le citoyen qu’aura nommé l’agent national du district. Cet examinateur prendra connaissance des attestations dont ils seront porteurs. Il vérifiera par les extraits d’actes de naissance et par les autres papiers si les candidats sont dans l’âge et dans les autres circonstances de concourir, et tous ceux dont les réponses et les attestations ne lui inspireront pas de confiance seront exclus.

article 12

Les candidats seront ensuite interrogés par l’examinateur qu’aura nommé le Comité de salut public sur l’arithmétique, sur les éléments de géométrie et sur ceux d’algèbre. Tous ceux qu’il jugera ne pas avoir les facultés intellectuelles et les connaissances suffisantes pour profiter de l’instruction de l’école, seront de même exclus.

article 13

Le concours sera terminé le 30 vendémiaire (21 Octobre).

article 14

Dans les trois premiers jours de brumaire, les deux examinateurs rendront compte au Comité de salut public du résultat de l’examen par un tableau qui leur sera adressé et qu’ils seront chargés de remplir en commun. Il ne sera pas question dans ce tableau des candidats exclus. Ils joindront à ce tableau pour chaque candidat l’extrait de l’acte de naissance et les attestations qu’il aura produites.

article 15

D’après les comptes rendus de tous les examinateurs, le Comité de salut public fera venir à Paris ceux des candidats dont la moralité et l’intelligence lui présenteront de plus grandes ressources pour le service de la République.

article 16

Les candidats appelés par le Comité de salut public se rendront à Paris, ils auront l’étape en route et ils y arriveront pour le 1er frimaire76 au plus tard.

De la manière dont les élèves existeront à Paris

[au moins 28 articles]

Travaux des élèves

I Les élèves rendus à Paris au 10 frimaire78 n’auront tous ni le même degré d’instruction, ni le même degré d’intelligence, et l’on ne pourra les classer qu’après les avoir exercés par des études préliminaires. D’ailleurs, il serait possible que la disposition du local ne fût pas à cette époque terminée complètement

Ainsi, par rapport aux travaux des élèves, il faut distinguer ceux qui auront lieu d’une manière préliminaire dans les trois premiers mois de ceux auxquels ils se livreront ensuite, lorsqu’ils auront été dressés et qu’ils suivront l’ordre habituel de l’école.

II Travaux préliminaires pendant les trois mois de l’an 3ème

Pendant les trois premiers mois, il sera donné à tous les élèves réunis en masse le cours rapide et complet de toutes les parties qui font l’objet de l’instruction à l’école.

III Les différentes leçons seront distribuées de manière qu’il n’y en ait pas deux le même jour sur le même objet. Ainsi, tous les jours, exceptés les quintidi et les décadi, depuis huit heures jusqu’à neuf, il y aura leçon d’analyse, et depuis midi jusqu’à une heure, leçon de physique générale. Les instituteurs de ces deux parties pourront consacrer alternativement un jour à donner la leçon et un jour à la faire répéter par les élèves.

Les mêmes jours, depuis dix heures jusqu’à onze, il y aura leçon de géométrie descriptive,

  • pendant le premier mois sur la stéréotomie,
  • pendant le deuxième mois sur l’architecture,
  • pendant le troisième mois sur la fortification.

Les mêmes jours, depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’à cinq, il y aura leçon de physique particulière,

  • pendant le premier mois sur les substances salines,
  • pendant le deuxième mois sur les substances animales, végétales, terrestres,
  • pendant le troisième mois sur les substances métalliques.

Pendant l’intervalle des leçons et après cinq heures, les élèves rédigeront les instructions qu’ils auront reçues.

  • Le quintidi avant midi sera destiné au dessin de la figure.
  • Le quintidi après midi et le décadi, il y aura repos.

IV Les élèves seront distribués en brigades de vingt. Parmi les élèves, les vingt plus anciens d’âge seront attachés chacun à une brigade et chargés de la surveillance. La surveillance (sic) de la brigade sera tenu de faire tous les jours et à chaque leçon l’appel de la brigade et de donner l’état sur lequel seront marqués les absents et les présents à l’instituteur qui les fera parvenir à l’inspecteur de l’école. L’inspecteur se fera rendre compte des causes des absences s’il n’en est pas parvenu d’avance et se concertera avec les hôtes des élèves pour remédier aux abus.

V Cette instruction rapide et préliminaire étant fort propre à faire juger de l’intelligence des élèves, après les trois mois révolus les instituteurs se rassembleront et, en consultant les dispositions et les inclinaisons des élèves, ils les distribueront en trois classes pour composer l’ordre habituel de l’école. Les classes seront à peu près égales en nombres. Dans la première seront ceux dont l’intelligence sera plus exercée et dont l’instruction sera plus avancée, et à qui il suffira de suivre l’école pendant le reste de l’année pour être en état de rendre des services à la République. Dans la deuxième seront compris ceux à qui deux années pourront suffire. Enfin, la troisième classe sera composée des élèves dont l’instruction sera la moins avancée et à qui un séjour de trois années à l’école sera nécessaire.

VI Immédiatement après cette distribution, l’école sera formée et les travaux habituels prendront leur cours, ainsi qu’il sera expliqué dans les articles suivants,

VII Travaux habituels de l’école

Le cours entier des études de l’École des travaux publics sera de trois années. Ceux des élèves que des indispositions, des missions ou tout autre empêchement auront retardés dans leurs études pourront passer une quatrième année à l’école pour les achever. Mais nul ne pourra passer une cinquième année.

VIII Tous les ans, ceux qui, après trois ans de séjour à l’école, auront acquis d’une manière satisfaisante tous les genres d’instruction, seront tirés de l’école. Ils seront remplacés par de nouveaux élèves, de manière que perpétuellement l’école sera composée de trois grandes divisions d’élèves. La première sera formée de ceux qui seront en première année ; la deuxième de ceux qui seront à leur deuxième années ; la troisième, enfin, de ceux qui seront à leur troisième année.

IX Les élèves seront distribués en brigades de vingt à chacune desquelles sera attaché un instituteur particulier qui sera chargé de surveiller l’emploi du temps et d’applanir aux élèves les difficultés qui pourront se présenter dans l’exécution des différents travaux. Ces instituteurs particuliers seront pris au concours parmi les élèves qui auront suivi pendant trois ans le cours complet des études de l’école et qui auront montré le plus de talents et de dispositions. Ils ne pourront remplir ces fonctions passagères que pendant trois années et pendant tout ce temps ils seront attachés à la même brigade. Comme les fonctions de ces instituteurs exigeront une grande assiduité, il y aura cinq instituteurs particuliers surnuméraires pour suppléer ceux que des indispositions ou d’autres missions pourraient empêcher de remplir leurs fonctions.

X Dans chaque décade, il y aura certains jours uniquement consacrés à l’étude des objets qui dépendent des mathématiques, et d’autres jours uniquement destinés à ceux qui dépendent de la physique. On indiquera plus loin la division de ces jours, ainsi que la distribution du travail dans la journée pour chacun de ces deux genres d’objets.

XI Il y aura un instituteur pour l’analyse. Ses fonctions seront d’exercer les élèves de la première année à l’application de l’analyse à tous les objets de la géométrie descriptive ; ceux de la seconde à l’application de l’analyse à la mécanique des corps solides, et ceux de la troisième année à l’application de l’analyse à la mécanique des fluides. Cet instituteur aura un adjoint qui l’aidera dans ses fonctions et qui le remplacera pendant ses absences.

XII Pour les parties qui s’apprennent pour la description, il y aura trois instituteurs :

  • 1° un instituteur de géométrie descriptive qui sera attaché à la division de la première année ; ses fonctions seront d’enseigner aux élèves la géométrie descriptive et son application
    • aux traits de la coupe des pierres,
    • à ceux de la charpenterie, etc.
  • 2° un instituteur pour l’architecture qui sera attaché à la division de la deuxième année. Ses fonctions seront d’enseigner aux élèves les principes de l’architecture appliquées successivement
    • au tracé,
    • à la construction et à l’entretien des chaussées,
    • à la construction des ponts, etc.
  • 3° un instituteur pour la construction des ports et des fortifications. Il sera attaché à la division de la troisième année. Il apprendra aux élèves tout ce qui est relatif à

    • la construction et à l’entretien des ports militaires et du commerce,
    • le tracé et le défilement et la construction des fortifications,
    • l’attaque et la défense des places.

Chacun de ces instituteurs aura un adjoint pour l’aider dans ses fonctions, et le remplacer en cas d’absence.

XII bis Tous les jours consacrés aux objets mathématiques, chacun de ces trois instituteurs développera à tous les élèves de sa division réunis dans une même salle les procédés des opérations qui devront être exécutées dans la journée. Cette leçon générale ne pourra jamais durer plus d’une heure et elle pourra être plus courte lorsque l’instituteur le jugera convenable. Les instituteurs particuliers assisteront à ces leçons et tiendront le rôle des absents et des présents de leurs brigades respectives.

XIII Au sortir de la leçon générale, les élèves se rendront par brigades de vingt dans des salles particulières où, sous la direction de leurs instituteurs particuliers, ils exécuteront les opérations graphiques qui leur auront été expliquées dans la leçon générale.

XIV L’instituteur et son adjoint parcoureront les salles de leur division pour s’assurer par eux-mêmes de la manière dont les élèves exécutent les leçons et des progrès que fera l’instruction.

XV Chaque jour, l’élève signera la feuille de dessin qu’il aura construite. Cette feuille sera aussi visée et signée par l’instituteur particulier sous les yeux duquel elle aura été faite. Toutes les feuilles ainsi produites par chaque élève continueront à faire juger par la suite de son instruction et du degré de son intelligence.

XVI Il sera fourni à chaque élève aux frais de la République le papier, les plumes, l’encre, les couleurs et les crayons nécessaires à la construction des dessins d’après un règlement qui fixera cette distribution d’une manière qui évite toute dilapidation.

XVII Il y aura un instituteur pour le dessin de la figure et deux adjoints. Leurs fonctions seront d’enseigner aux élèves des trois divisions l’art de dessiner d’après les dessins, d’après la bosse et d’après nature. Les instituteurs particuliers assisteront à ces leçons et tiendront le rôle des absents et des présents.

XVIII Il y aura un instituteur pour les physiques générales (sic). Ses fonctions seront de donner chaque décade une leçon de physique à tous les élèves des trois divisions réunies, de manière que pendant trois années, chaque élève ait occasion de suivre trois fois ces leçons. Ainsi, il y aura pour cet objet une grande salle capable de contenir tous les élèves à la fois et dans laquelle on puisse faire les expériences nécessaires. Cet instituteur aura un adjoint qui l’aidera dans ses fonctions et qui le remplacera en cas d’absence.

XIX Les instituteurs particuliers assisteront à ces leçons et tiendront le rôle des absents et des présents. Pour la physique particulière, il y aura trois instituteurs :

  • Un instituteur pour les propriétés et les préparations des substances salines. Il sera attaché à la division de la première année.
  • Un instituteur pour les propriétés et les préparations des substances animales, végétales et terreuses. Il sera attaché à la division de la deuxième année.
  • Un instituteur pour les procédés de la métallurgie et les préparations des substances métalliques. Il sera attaché à la division de la troisième année.

Chacun de ces instituteurs aura un adjoint.

XXI Tous les jours consacrés à ces opérations chimiques, chacun de ces instituteurs exposera à tous les élèves de sa division réunis dans une même salle les procédés des préparations qui devront être exécutées dans la journée, et il expliquera les propriétés des substances employées. Cette leçon générale ne pourra jamais durer plus d’une heure, et elle pourra être plus courte lorsque l’instituteur le jugera convenable. Les instituteurs particuliers de brigades assisteront à ces leçons et tiendront le rôle des présents et des absents de leurs brigades respectives.

XXII Au sortir de la leçon générale, les élèves se rendront par brigades de vingt dans les laboratoires particuliers, où, sous la direction de leurs instituteurs particuliers, ils exécuteront eux-mêmes toutes les opérations qui leur auront été expliquées dans la leçon générale. Ils monteront eux-mêmes leurs appareils, ils feront toutes les manipulations nécessaires et ils apporteront dans les opérations la précision à laquelle la pratique de la géométrie les aura accoutumés.

XXII bis Pour remplir les vues de l’article précédent, il y aura un nombre suffisant de laboratoires particuliers pour les brigades séparées. Ces laboratoires, les jours de travaux, seront fournis, aux frais de la République, des instruments, ustensiles et matières nécessaires aux opérations qui devront être exécutées. Les instruments qui exigent de l’exactitude seront faits par les meilleurs artistes. Les ustensiles seront de matière commune et les élèves exerceront leur industrie à faire toutes les opérations avec des vases et des ustensiles ordinaires.

XXIII Les instituteurs et leurs adjoints parcoureront les laboratoires de leurs divisions respectives pour prendre connaissance par eux-mêmes de l’instruction et de l’intelligence des élèves, et pour donner les explications qui sont plus profitables dans le moment même des opérations.

XXIV Distribution du temps

Dans la décade, les trois premiers jours et les trois jours qui suivent le quintidi seront consacrés aux objets qui dépendent des mathématiques. Le quartidi et le nonidi seront destinés aux opérations de la chimie. Le quintidi matin sera donnée la leçon de physique à laquelle assisteront les trois divisions ainsi qu’il a déjà été dit. Le reste du quintidi et le décadi seront donnés au repos.

XXV Tous les jours consacrés aux objets de mathématiques, à huit heures du matin les trois instituteurs de géométrie descriptive, d’architecture et de fortification rassembleront leurs divisions respectives dans les salles capables, chacune, de contenir la division entière, et ils expliqueront les opérations graphiques qui devront être exécutées dans la journée. Cette leçon sera terminée à neuf heures et pourra l’être plus tôt. Au sortir de ces leçons, tous les élèves se retireront par brigades dans des salles particulières, où ils exécuteront les opérations graphiques qui leur auront été enseignées. Ce travail durera jusqu’à deux heures après-midi. A deux heures, les élèves sortiront pour dîner. A cinq heures après-midi, une des trois divisions assistera à la leçon de l’instituteur d’analyse qui dure jusqu’à huit heures, et, pendant ce temps, les deux autres divisions seront occupées au dessin de la figure sous l’instituteur de dessin et ses adjoints. Les primidis et sextidis, ce sera la division de première année qui assistera à la leçon d’analyse appliquée à la géométrie descriptive, les duodis et septidis, ce sera la deuxième division qui appliquera l’analyse à la mécanique des corps solides. Enfin, les tridis et octidis, ce sera la troisième division qui appliquera l’analyse à la mécanique des fluides.

XXVI Pour les jours consacrés à la physique particulière et aux opérations de chimie, à huit heures du matin les trois instituteurs de physique particulière réuniront leurs divisions respectives dans des salles en forme de laboratoires et capables, chacune, de contenir la division entière, et ils expliqueront les opérations chimiques qui devront être exécutées dans la journée. Cette leçon sera toujours terminée à neuf heures, et pourra l’être plus tôt. Au sortir de ces leçons, tous les élèves se retireront par brigades dans leurs laboratoires particuliers pour exécuter les opérations chimiques qui leur auront été expliquées. Comme ces opérations sont ordinairement longues, surtout lorsque les élèves seront encore peu exercés, on y consacrera le reste de la journée, les élèves se relayeront pour dîner, de manière que les travaux soient constamment dirigés et surveillés. Ceux des élèves dont les opérations auront éprouvées quelques retards auront le lendemain quintidi ou décadi pour recommencer ou achever ce qui n’aurait pu être entièrement exécuté au jour prescrit

XXVI bis Les quintidis, la leçon de physique générale commencera à dix heures du matin, à moins que quelque circonstance n’oblige de lui assigner une autre heure, et alors tous les élèves en seront prévenus. La durée de la leçon sera déterminée ainsi par les circonstances.

Des agents

Des agents qui doivent contribuer à donner l’instruction.

art 1er Les agents nécessaires à l’École des travaux publics peuvent être distribués en quatre classes différentes

  • l° Les instituteurs
  • 2° les artistes
  • 3° les conservateurs
  • 4° les administrateurs

On a déjà parlé du nombre des instituteurs.

Des artistes pour les mathématiques

art. 2 Il y aura un appareilleur choisi parmi tous ceux qui connaissent le mieux l’art de la coupe des pierres. Ses fonctions seront d’enseigner la pratique de cet art aux élèves de la première division et de le leur faire exercer en grand. Lorsque les élèves seront occupés d’autres objets, il sera chargé de la confection des modèles en pierre et en plâtre qui seront nécessaires à l’instruction des élèves.

art. 3e Il y aura un charpentier choisi de même au concours. Il remplira par rapport à la coupe des bois les mêmes fonctions que l’appareilleur par rapport à la coupe des pierres. Il sera de même chargé de la confection des modèles des différents traits de la coupe des bois et des différentes compositions de charpente.

art. 4e Il y aura un menuisier et un serrurier pour la confection et pour l’entretien des modèles de tous genres. Ils seront chargés l’un et l’autre de donner aux élèves la connaissance de la pratique de leurs arts.

art. 5 Il y aura un artiste pour les instruments de mathématiques. Il sera chargé de l’entretien et de la réparation de tous les instruments de mathématiques à l’usage de l’école et, principalement, de ceux qui servent à la pratique de la géodésie.

art. 6 Chacun de ces cinq artistes aura le nombre de compagnons nécessaire pour l’exécution de tous les travaux dont ils seront chargés, et ce nombre variera selon les circonstances.

art. 7 A chacun des instituteurs de géométrie descriptive, d’architecture et de fortification sera attaché un dessinateur pour exécuter tous les dessins qu’ils composeront pour l’instruction de l’école.

Pour la physique

art. 5 Seront attachés au cabinet de physique

  • 1° un artiste exercé dans l’art de souffler le verre,
  • 2° un artiste en bois,
  • 3° un artiste en métaux,

pour la confection et l’entretien des machines du cabinet. Ils seront chargés de donner aux élèves la connaissance des procédés et des pratiques de leurs arts respectifs.

art. 9 A l’instituteur de physique générale et chacun des trois instituteurs de physique particulière sera attaché un aide de laboratoire, dont les fonctions seront de faire les préparations pour les cours, et d’aider les quatre instituteurs dans les recherches auxquelles ils pourront se livrer.

Conservateurs

Pour les objets relatifs aux mathématiques

art. 10 Il y aura un conservateur du cabinet des modèles. Ses fonctions seront de faire exécuter et d’entretenir les modèles et dessins des différents traits de coupe des pierres et de charpente et ceux d’édifices de machines utiles à l’instruction des élèves. Il expliquera aux élèves ce que les différents modèles représenteront d’intéressant et il leur communiquera les mémoires qui contiendront ces explications.

art. 11 Le conservateur du cabinet des modèles aura un aide chargé particulièrement de la conservation des modèles et dessins courants. Ses fonctions seront de distribuer journellement aux brigades occupées de la géométrie descriptive les dessins et modèles en relief des traits de la coupe des pierres et de charpente, et ceux des éléments des machines qu’ils devront dessiner dans la journée. Cette distribution se fera avant l’ouverture des salles aux garçons de bureaux des salles respectives qui prendront ces modèles en compte, qui en auront soin dans les salles et qui les rendront ensuite en compte au conservateur.

XII II y aura un conservateur des fournitures de papier, plumes, encre, crayons, couleurs et pinceaux. Il sera chargé de distribuer ces fournitures aux élèves d’après des bons donnés par les instituteurs particuliers qui, pour cela, se conformeront à un règlement qui sera fait pour éviter toutes dilapidations.

XIII Pour deux salles de brigades, il y aura un garçon de bureaux chargé de la propreté et du soin des meubles. Ses fonctions principales seront de rendre aux élèves tous les services qui pourront économiser leur temps et, par conséquent, accélérer leur instruction ; de faire trouver dans les salles les modèles courants qui sont nécessaires chaque jour, de soigner les modèles, et de les rendre en compte au conservateur.

Il y aura aussi un garçon de bureau attaché aux trois salles de mathématiques.

Pour les objets relatifs à la physique

XIV Il y aura un conservateur du magasin de chimie. Il sera chargé de s’assurer de faire en sorte que les instruments, ustensiles et matières nécessaires aux opérations de chaque jour se trouvent en bon état sous la main des élèves. Il fera rentrer en magasin ceux de ces objets qui auront besoin de réparations et il les fera remplacer par d’autres. Il recueillera les produits des travaux des élèves et il leur fera subir les opérations qui pourraient être nécessaires pour les porter à un point de perfection qui les rendra plus utiles. Pour remplir tous ces objets, il emploiera les garçons des laboratoires dont il va être question pendant tout le temps qu’ils ne seront point occupés avec les élèves. Il tiendra en règle la comptabilité des effets et des matières.

XV A chaque laboratoire de brigade il sera attaché un garçon de laboratoire. Ses fonctions seront, les jours d’opérations chimiques, de rendre aux élèves dans les laboratoires tous les petits services qui, en économisant leur temps, contribueront à accélérer leur instruction. Il entretiendra l’ordre et la propreté dans les laboratoires, il soignera les instruments, les ustensiles et les matières. Il sera chargé de faire trouver dans le laboratoire tous les objets nécessaires aux opérations de chaque jour et de réintégrer dans le magasin tout ce qui ne sera plus utile. Parmi les garçons de laboratoire quelques-uns seront, en outre, attachés aux quatre instituteurs de physique générale et de physique particulière ; les autres, dans les jours qui ne sont point consacrés aux opérations chimiques, seront chargés d’aider le conservateur de magasin dans tous les travaux qu’exigent ses fonctions.

Bibliothèque

XVI Il y aura un conservateur de bibliothèque. Il sera chargé de distribuer aux élèves et aux instituteurs les livres classiques et autres, et en surveillera la rentrée à la bibliothèque en se conformant à un règlement qui sera fait particulièrement pour cet objet. Il y aura un garçon de bureau attaché au service de la bibliothèque.

Administrateurs

XVII Il y aura un directeur de l’école, chargé

  • 1° de la police tant intérieure qu’extérieure de l’école,
  • 2° de l’administration

Police

Tout ce qui concerne la conduite morale, le civisme, tant des élèves que des artistes, conservateurs, garçons de laboratoires et de bureau, sera confié à sa surveillance. Ce sera à lui que les élèves s’adresseront en arrivant à Paris, il leur assignera leurs logements, il surveillera leur conduite extérieure, il entretiendra la correspondance avec leurs parents et avec les citoyens chez lesquels ils seront logés. Il s’occupera de leurs intérêts personnels, et il s’assurera des soins que l’on prendra de leur santé.

Administration

Le directeur sera chargé de donner les ordres pour tout ce qui aura rapport aux constructions et aux approvisionnements de tous les genres, ainsi qu’aux travaux des artistes et aux fonctions des conservateurs sur lesquels il aura la surveillance. Il dirigera toutes les dépenses générales et particulières, tant pour le personnel que pour le matériel. Il recevra les comptes en matières de tous les conservateurs, et il vérifiera la situation de leurs dépôts. Il donnera les mandats en vertu desquels les parties prenantes seront payées ou à la Trésorerie nationale, ou par un agent de la Trésorerie établi à l’école. Il aura son logement dans le bâtiment même de l’école.

XVIII Pour aider le directeur à remplir les fonctions qui lui sont déléguées, il y aura deux adjoints, l’un pour la police tant intérieure qu’extérieure de l’école, l’autre pour radministration. En marge : « Voyez l’art. 4 sur les travaux des élèves » et « Ces feuilles sont remplacées ». Voir le document 6, note 88 bis. Il y aura six commis attachés à ce directeur ; ce nombre sera augmenté s’il est nécessaire.

XIX Il y aura un agent de la Trésorerie nationale attaché à l’école pour faciliter le paiement de toutes les dépenses journalières.

XX Il y aura un agent de la Trésorerie nationale attaché à l’école pour faciliter le paiement de toutes les dépenses journalières.

Art. 21 Il y aura quatre citoyens attachés à l’école pour la clôture et l’entretien de la propreté dans tout le local de l’établissement.

Organisation

Art. 22 Conseil d’instruction et d’administration
Les neuf instructeurs, le directeur et les deux adjoints composent le Conseil de l’école.

Art. 23 Le Conseil s’assemblera tous les quintidis après-midi dans une salle destinée uniquement à cet objet. Il sera présidé à tour de rôle pendant un mois de suite par les neuf instituteurs, le directeur et le premier adjoint. Le président du mois sera aussi pendant ce temps inspecteur de l’école : en cette qualité, il aura des fonctions qui seront énoncées plus loin.

Art. 24 Le Conseil discutera toutes les améliorations dont l’instruction sera susceptible, tant par rapport aux objets même de l’instruction que par rapport aux heures de travail, à la durée des leçons, aux jours qui leur seront destinés et aux agents qui seront nécessaires. Il dressera sur tous ces objets des règlements qu’il présentera à l’acceptation du Comité de salut public, pour être ensuite exécutés s’ils sont approuvés.

Art. 25 Il examinera tous les ouvrages qui seront composés par les membres du bureau pour servir à l’instruction des élèves, et il indiquera les changements qu’il jugera convenable d’y faire, s’il y a lieu.

Art. 26 En cas de vacance (par mort ou par retraite, parmi ses membres), le Conseil élira, à la majorité absolue des voix, les deux citoyens qu’il jugera les plus propres à remplir la place vacante, et les présentera au Comité de salut public.

Art. 27 Le Conseil élira de même en cas de vacance et présentera les citoyens qu’il jugera les plus propres à remplir les fonctions de suppléants d’instituteur, d’artistes et conservateurs de l’école.

Art. 28 Tous les autres agents seront à la nomination du directeur sur la présentation de l’instituteur, de l’artiste ou du conservateur sous les ordres duquel ils sont plus particulièrement.

Art. 29 Chaque membre du Conseil aura autorité sur les citoyens employés dans la partie qui lui sera confiée. Il fera au Conseil un rapport sur leur conduite, et si quelques agents se montrent indignes de leurs places, le Conseil prononcera sur leur renvoi.

Inspecteur de l’école

XXX L’inspecteur de l’école sera chargé de la surveillance et de tout ce qui regarde l’instruction proprement dite.

Il tiendra la main envers tous les agents de l’école, même envers les instituteurs et le directeur, à l’exécution des règlements.

Il aura en matière urgente la décision provisoire sur toute espèce de matière relative à l’instruction et aux règlements.

Ses fonctions commenceront et finiront avec le mois. Celui qui sera en fonction pendant le mois de fructidor, continuera de l’être pendant les sans-culottides et les terminera avec l’année.

L’inspecteur aura un cabinet particulier attaché à sa charge.

Pierre-Charles Lesage : Notes sur un projet d’organisation pour l’École nationale des travaux publics

10 floréal an II (29 avril 1794)

Instruction

Dans la persuasion où nous sommes que l’intention de la Convention nationale est de donner à cet établissement la plus grande latitude possible relativement à l’organisation et au mode d’instruction, sur le rapport qui lui sera fait par son Comité de salut public, nous supposerons le nombre des élèves fixé à 250.

D’après cette base, on renvoyé pour le mode d’instruction qu’il convient d’établir dans cette école à un excellent mémoire qu’a dû faire le citoyen Morlet, relatif à l’instruction qu’il conviendrait d’établir en ce moment à l’École du génie et à un tableau que l’on joint ici, fait par le citoyen Clément, qui est le résultat de ses réflexions sur cette partie et de celles du citoyen Lamblardie, adjoint pour l’école à feu Perronet.

Observations particulières de l’inspecteur

Nous avons reconnu qu’il serait préférable, surtout actuellement que l’école est dégarnie de sujets instruits tant par les réquisitions faites par le ministre de la guerre (le nombre est de 35) pour être employés dans le corps du Génie à la suite des armées ou dans les places frontières que par ceux envoyés dans les différents départements par le Ministre de l’intérieur (le nombre est de 26) pour y surveiller les travaux …

Nous pensons qu’il serait convenable que les professeurs qui seront chargés de l’instruction des élèves fussent pris dans le nombre des citoyens les plus habiles dans les différentes parties qui font la base des connaissances d’un ingénieur et qui en auraient fait leur état, qui seraient d’ailleurs reconnus avoir l’art d’enseigner auquel ils joindraient les mœurs et le patriotisme le plus épuré.

Pièces nécessaires à l’instruction générale

Indication des différentes pièces que l’on croit nécessaire d’établir pour l’instruction générale des élèves dans le nouveau local de la maison de la Révolution (ci-devant Bourbon).

Muséum que l’on pourrait établir dans le bâtiment ci-devant Lassé

  • Une galerie de modèles, machines, instruments de mathématiques et de physique.
  • Une bibliothèque.
  • Cabinet d’histoire naturelle.
  • Cabinet de chimie.
  • Laboratoire à la suite.
  • Salles des archives ou dépôt des cartes, plans des routes, ports maritimes, ponts, canaux, écluses, projet et mémoires relatifs.

Salles et cabinets pour l’instruction des élèves

Salles de mathématiques :

On pense qu’il en faudrait au moins quatre, dans lesquelles se feraient les leçons à des heures différentes.

  • Quatre salles particulières où les élèves pourraient méditer.
  • Deux salles pour les calculs, tels que terrasses, toisés, devis et détails.
  • Deux salles pour l’étude de la fortification.
  • Une salle pour les épures tant pour la coupe des pierres que pour la charpente,

À placer au rez-de-chaussée :

  • Une salle au rez de chaussée affectée à la coupe des pierres.
  • Une autre idem à la charpente.
  • Un atelier où les élèves apprendraient à faire les modèles, guidés par un habile ouvrier.
  • Une petite forge à la suite et relative à cet objet d’instruction.
  • Une pièce affectée aux expériences sur le bois, le fer et la pierre, dans laquelle serait placée une machine qui existe à l’école, rue Saint-Lazare.
  • Deux salles de dessin pour les projets en général.
  • Deux salles de dessin tant pour la carte que l’ornement et le paysage.
  • Une salle pour le dessin d’après la bosse.
  • Une grande pièce en forme de galerie affectée uniquement pour l’exposition des concours et pour la distribution des prix.

Professeurs

On pense qu’il conviendrait que chaque professeur ait un cabinet particulier à la portée des élèves.

Observation sur cet objet

On ne doit pas se dissimuler que le nombre d’environ trente pièces (non compris le Muséum) proposées pour l’instruction journalière des élèves ne soit très considérable, relativement aux dépenses qu’elles nécessiteront. Mais cette instruction et les arts perfectionnés qui en sont la suite sont le nerf d’une grande République.

On observe encore, pour que les progrès de l’instruction soient plus rapides, qu’il serait à désirer que les professeurs soient logés dans la partie des bâtiments qui sera affectée à l’École nationale. D’autant que nous croyons qu’il y aura beaucoup de parties du logement dont on pourra disposer. Car il ne suffît pas qu’un professeur habile soit exact aux heures indiquées pour faire ses leçons, il faut encore que les élèves puissent le consulter en particulier tous les jours et à toute heure ; on est assuré par des observations et par des remarques que l’on a faites à ce sujet que ce serait un des moyens les plus prompts pour hâter l’instruction et, en cela, on remplirait le but du Comité de salut public.

On conçoit les objections que l’on pourra faire à cette idée, mais le bien général doit l’emporter sur de petits inconvénients et de petites économies, car il est prouvé qu’un entretien d’une heure entre un élève et son professeur sur une question relative aux sciences et aux arts lui est plus profitable qu’une leçon de deux heures, surtout quand c’est l’élève qui provoque cet entretien.

Logements qui pourraient être donnés aux citoyens chargés de la direction et de l’instruction des élèves

  • 1 directeur
  • 1 examinateur
  • 3 inspecteurs
  • 4 professeurs de mathématiques
  • 1 professeur de fortification
  • 2 professeurs d’architecture civile et militaire
  • 1 professeur de dessin
  • 1 professeur pour la coupe des pierres et le trait de la charpente
  • 1 professeur d’histoire naturelle et de chimie
  • ——————————
  • Total des logements : 15

Observations particulières sur le nombre des trois inspecteurs proposés

En outre de ce que chaque inspecteur serait chargé de la surveillance journalière des élèves, ils pourraient avoir encore séparément

  • la garde de la bibliothèque, celle des plans et modèles.
  • de l’examen et des rapports à faire tous les trois mois à la Commission des travaux publics du travail des élèves et de leurs progrès respectifs lors des concours.
  • des dessins en général et de l’inspection pour les modèles et machines que l’on ferait exécuter par les élèves et qui eux-mêmes seraient guidés par un habile ouvrier.

On ignore quelle est l’intention du Comité relativement au choix à faire pour les professeurs de mathématiques ; peut-être conviendrait-il de les prendre parmi les ingénieurs militaires et civils. L’instruction des élèves y trouverait deux avantages réunis : 1° la théorie et 2° son application à la pratique des constructions des différents genres.

Nous désirons bien que cette esquisse que nous avons faite rapidement puisse remplir la demande du citoyen Prieur et les vues du Comité de salut public.

Paris, ce 10 floréal an II de la République française une et indivisible.

Bertrand Barère : Barère, au nom du comité de salut public

21 ventôse an II (11 mars 1794)

Citoyens,

Les cours étrangères préparent la guerre extérieure, pendant que les cabinets diplomatiques s’assurent d’une campagne plus utile dans l’intérieur.

Il ne reste de la Vendée, d’après les nouvelles reçues aujourd’hui, que les cadavres de royalistes et quelques bandes de brigands qu’on poursuit ; mais il reste du nombre de nos ennemis intérieurs, une foule d’hommes masqués dirigés par l’étranger, ou par des haines personnelles ou par l’esprit d’intrigue, et plus encore par celui de désordre public et de la cupidité qui veut s’en nourrir. C’est en vain qu’ils s’agitent à l’ouverture de la campagne ; c’est en vain qu’ils cherchent à créer des idées nouvelles, et à vous occuper de nouveau. Le gouvernement national, tiré du sein de la Convention même, en s’occupant des moyens de terminer cette guerre intestine d’intrigues ne cesse pas de s’occuper des grands établissements nécessaires à la prospérité du peuple, et à l’affermissement de la république.

Le comité, en attendant le rapport qui vous sera fait sur les maux actuels, vient vous présenter une nouvelle commission qui doit se rattacher d’une manière plus centrale, plus active, plus responsable au gouvernement révolutionnaire : c’est des travaux publics que je vais parler.

Les voyageurs qui parcourent la France depuis quatre années, cherchent en vain les traces des millions répandus sur les travaux publics par les deux assemblées nationales qui ont précédé la Convention. Les armées, qui depuis deux ans défendent si bien les frontières, et pacifient l’intérieur de la République se demandent souvent s’il existe une administration conservatrice des travaux, des chemins et des établissements publics.

Il a fallu que le soldat, pour qui la liberté est une passion, ait eu un courage extraordinaire pour surmonter les difficultés des chemins, réunies aux dangers de la guerre ; il a fallu que le peuple pour qui le travail est un besoin, ait eu partout un attachement indestructible à l’égalité pour qu’il ne murmurât pas de tant de négligence.

La patience du soldat et la confiance du peuple sont des motifs pour déterminer la convention à faire cesser les abus perpétrés dans l’administration des travaux publics et pour faire exécuter les moyens qui en faisant disparoître la mendicité par le travail, rétablissent les communications nécessaires entre la Convention et les armées, entre les extrémités de l’administration publique et le centre du gouvernement, entre le commerce et les besoins, entre l’agriculture et ses ressources ; mais pour y parvenir, il faut aussi une révolution dans l’administration des travaux publics trop long-temps négligés et abandonnés à une incurie coupable, à une aristocratie déguisée et à des machines ministérielles, bagage trop lourd de l’ancien despotisme.

Il importe à la prospérité publique, au génie industrieux des Français, encore plus aux besoins journaliers de la circulation intérieure, de soumettre tous les grands travaux que la nation salarie dans les ports, dans les chantiers, dans les ateliers et sur les routes, à des principes constans et uniformes ; il importe à leur activité et à leur solidité, que toutes les ramifications aboutissent à un centre commun ; que le corps législatif soit délivré des soins administratifs de cette partie immense, pour en surveiller l’administration, et indiquer les grands objets des travaux nationaux.

Le vice que nous devons guérir dans cette partie provient de la versatilité des principes d’économie politique, des fluctuations des autorités qui ordonnent, des intrigues soit départementales soit ministérielles qui s’y mêlent, et de cette foule de volontés hétérogènes qui ressemblent encore aux caprices des intendans et aux gaspillages des subdélégués.

On voit des ingénieurs des ponts et chaussées et des inspecteurs généraux, des ingénieurs des départemens, des administrateurs de district et de département, des communes, des ordres du ministre de l’intérieur et des ordres militaires, se croiser, se heurter, se contrarier ou s’aglomérer sur le même objet ou pour le même pays.

Il faut déclarer la guerre à bien des préjugés élevés par l’habitude au rang des principes en cette matière ; il faut réformer ce régime dangereux et funeste des ponts et chaussées, et ne conserver que l’art utile qui en est l’objet. Les maîtres sont les vices à proscrire ; leur administration est l’abus à anéantir, mais une grande école pour cette partie peut seule former les ingénieurs que la commission nouvelle emploiera. Il faut tracer la ligne de démarcation entre l’ingénieur et l’administrateur. Celui-ci exécutera ce qu’une commission centrale aura ordonné d’après le voeu des assemblées nationales et le cours des travaux habituels.

L’assemblée constituante parla beaucoup des travaux publics, et ne les organisa point ; elle livra plus de trente millions à l’administration royale des ponts et chaussées, qui continua ses travaux habituels et perpétua les abus. Il n’y eut de changé que son costume ; elle jeta un voile de l popularité sur ses opérations, mais le même despotisme sur les travaux publics fut exercé. L’emploi des fonds demeura sans surveillance ; les routes et les communications diverses furent dégradées ; les intrigans et souvent des imposteurs inciviques obtinrent des fonds. Les ouvrages les plus utiles furent négligés, et l’on s’occupa de promenades publiques, au lieu de s’occuper des communications du commerce et de l’agriculture.

L’assemblée législative, qui détruisit si heureusement le veto royal laissa subsister le veto administratif des ponts et chaussées. Il s’éleva des divisions interminables entre cette administration et celles des départemens et des districts. Une route étoit-elle encombrée, un pont étoit-il enlevé, le corps administratif ne pouvoit rien rétablir sans le consentement de la régie ; et de cette lutte, résultoient des routes non réparées, et des ponts non rétablis.

Depuis cette époque on a proposé de réduire les fonctions du corps législatif à décréter chaque année la somme que le trésor national fourniroit à chaque département, à la charge de justifier de l’emploi.

On a proposé de faire diriger le corps administratif, dans l’exécution des plans envoyés, par l’école des ponts et chaussées, et d’y répartir les ingénieurs, sauf à envoyer pour les travaux les plus importans et les plus difficiles les ingénieurs les plus habiles. L’auteur de ce plan, soumis à la Convention voyait dans cette autorisation des corps administratifs à ordonner des travaux publics, des ateliers s’ouvrir dans toutes les parties de la République, et toutes les communes concourir aux travaux pour les communications respectives.

Mais ce projet ne peut avoir que des résultats contraires à l’unité de la République. Le grand objet des sacrifices que font les Français, le chef-d’oeuvre de notre révolution immortelle, est une république de vingt-sept millions de citoyens, posée sur une territoire de vingt-sept mille lieues quarrées. Le fédéralisme est là pour la détruire à chaque époque, pour la tourmenter à chaque instant ; et le fédéralisme est une maladie compliquée de prédilections locales, d’affections individuelles, d’intérêt personnel et sordide, de rétrécissement dans les esprits, d’égoïsme dans les âmes, d’orgueil provincial, de vanité citadine et de vengeances insensées contre la plus belle cité du monde.

Vous devez donc, dans toutes vos institutions, appercevoir et combattre le fédéralisme comme votre ennemi naturel ; c’est un vice qui est dans les veines du corps politique, qui est, pour ainsi dire dans le sang de tous les hommes qui ne savent pas s’élever aux idées délicieuses de patrie, qui voient leur district et non la France, qui pensent à leur village et non à la République et qui préfèrent sans cesse leur bourg ou leur ville à la ville commune, au centre imposant de la République, à Paris.

Un grand établissement central pour tous les travaux de la République est donc un moyen efficace contre le fédéralisme. Dès-lors toutes les communications se feront en commun. Comme toutes les jouissances doivent être en masse, les canaux, les digues, les ponts, les chemins, les ports, seront construits aux frais de tous, parce qu’ils sont destinés également pour tous.

Un département mettroit de l’orgeil à faire sur son arrondissement un pont très-dispendieux, ou une grande avenue inutile ; la commission centrale, qui ne partage aucune affection particulière, se contentera d’ordonner un pont analogue à l’importance des communications de ce département, et réglera les chemins nécessaires à ouvrir.

Les anciens états du ci-devant Languedoc donnoient des encouragemens, et faisoient creuser des canaux secondaires à côté du canal tracé par le génie de Riquet. Ils regardoient ce canal comme la propriété d’une grande province. Aux yeux de la République, c’est la réunion des deux mers, c’est le point de contact du Nord au Midi, c’est le commencement de cette grande route qui, des Bouches-du-Rhône, viendra communiquer aux boucles de la Seine, par le canal projeté de Dieppe.

Le canal dit de Bourgogne, et qui doit opérer la jonction de la Loire à la Saône, et de la Saône à la Seine, fut un projet dédié à la vanité de l’émigré Condé. La caste nobiliaire de ce pays d’état dépensa des sommes considérables en blasons, en monumens, en médailles sur les bords et dans les fondemens des travaux d’arts faits pour le canal : de-là l’empire des localités et de l’esprit provincial ou départemental. Dans les mains de la République, au contraire, ces sommes diverses auraient servi à mettre en activité ce canal : les opérations eussent été dirigées par l’économie nationale vers le bien de tous ; les communications nouvelles avec le canal eussent été établies, et plusieurs départemens se seraient enrichis du produit de l’argent employé en architecture inutile et en dépenses vaines ordonnées par l’esprit de localité.

Enfin, si on livrait les fonds publics pour les travaux, à la disposition de chaque département, vous ne verriez plus d’établissement national, mais des institutions départementales : au lieu de 32 provinces que comptoit le despotisme, la République dénombrerait 86 Etats. Le génie des arts se verrait casemé dans chaque district ; l’industrie républicaine qui ne demande qu’à se déployer, serait étouffée à sa naissance ; la fortune publique serait dilapidée par des embellissemens particuliers, et les tributs du peuple dépensés en objets plus fastueux qu’utiles.

Au milieu de ces productions orgueilleuses, informes et mesquines du fédéralisme, que deviendraient nos ports, nos rades, nos villes maritimes, nos chantiers de construction, nos ateliers nationaux, nos canaux de navigation et nos grandes routes ?

Citoyens, si chaque section de Rome avoit voulu construire ses chemins et ses théâtres, nous ne verrions plus après deux mille ans les restes si bien conservés de leurs arènes et de leur voie Appienne. Ce n’est qu’en posant aujourd’hui les bases de constructions nationales et des travaux publics vus en grand, que vous parviendrez à défédéraliser bientôt la France, avec des pionniers et des ingénieurs, bien mieux qu’avec des supplices. Ce n’est qu’en centralisant d’une manière large et opulente le travail du peuple français, l’érection de ses monumens, le perfectionnement de toute communication du commerce et de l’agriculture, que vous parviendrez à avoir les plus belles routes de terre et d’eau, les plus beaux ports, les plus grands chantiers, et que vous parviendrez à orner chaque cité de théâtres nationaux, et de grandes arènes pour le peuple ; ce n’est que par ce moyen, qu’après avoir réparé les inconvénients attachés au mouvement de la révolution et au fléau de guerre, que le peuple verra le gouvernement républicain s’occuper de lui dans ses besoins comme dans ses plaisirs ; dans ses pertes comme dans ses jouissances ; dans les trottoirs des rues comme dans les avenues des villes ; dans les chemins vicinaux comme dans les grands chemins ; dans les théâtres comme dans les bains publics ; voilà ce qui distingue les républiques des monarchies. Dans les premières, le peuple est tout ; dans les secondes il n’est rien. Dans la république, tout doit être fait, construit et ordonné pour le bien de tous, pour la santé publique, et pour la sûreté des citoyens ; dans les monarchies tout est fait pour quelques privilégiés et pour quelques tyrannaux : c’est donc pour l’intérêt du peuple que vous allez mettre les travaux publics en commission centrale.

Les différents travaux de l’architecture militaire, civile et hydraulique sont tous fondés sur les même principes ; ils dépendent tous d’une même théorie, exigent tous les mêmes études préliminaires.

Cependant, les artistes et les agents chargés de ces travaux forment trois corps différens et totalement étrangers l’un à l’autre, et l’administration qui doit les surveiller est divisée, morcelée en autant de portions qu’il y a de ministères ; leurs opérations se croisent et se rivalisent

Il résulte de là plusieurs inconvéniens majeurs ; défaut d’économie dans les finances, défaut d’ensemble dans les mesures ; mauvaise exécution dans les opérations ; beaucoup d’établissemens manqués ou informes ; nul progrès dans l’art qui, réduit, faute de principes certains, en principes vagues et particuliers à chaque administration partielle, tend graduellement à un anéantissement absolu.

Vous avez déjà senti combien il est instant d’apporter remède à ce désordre, de détruire le fédéralisme par la centralisation des travaux publics.

Le désordre que je viens de relever est un des plus désastreux que puisse éprouver la République. Si les routes et les canaux loin de se dégrader comme ils le font journellement, ne sont pas perfectionnés et multipliés ; si par eux il ne s’établit pas une communication des plus actives et des plus faciles jusqu’aux moindres ramifications de la République, il seroit impossible de lui conserver son unité, son indivisibilité. C’est par la commodité et la facilité des communications que les moeurs, les usages, les coutumes, le langage se mettent par-tout à l’unisson, que la circulation s’établit du centre de la circonférence et réciproquement ; qu’un peuple immense ne compose qu’une famille ; c’est enfin la facilité des routes et la multiplication des canaux qui peuvent résoudre le grand problème des grandes républiques, regardées par les hommes à préjugés et par quelques savans politiques, comme impossibles, jusqu’au moment où votre courage et vos lumières ont jeté les fondements de la République française.

Les villes maritimes qui sont naturellement plus cosmopolites, plus détachées des intérêts du continent par leur situation même, doivent être attachées à la république par la multiplicité des communications intérieures. Les villes commerciales, presque toutes placées dans les extrémités du territoire tournent plus souvent par leurs habitudes mercantiles, leurs regards, leurs yeux, leurs inclinations même vers les pays autres que la France ; il faut les ramener au sein de la République en les environnant de liens commerciaux au dedans, de rapports industriels dans nos cités de l’intérieur. Négliger cette vue politique, ce seroit faire que chaque cité, chaque commune cherchât à se suffire à elle-même, à s’isoler de celles qui l’avoisinent, à prendre insensiblement une allure particulière, à préférer d’établir les rapports de son commerce avec les étrangers, dont la route lui est ouverte par mer, aux rapports qu’elle pourroit avoir à ses côtés, s’il y a bien des routes ouvertes, et de se détacher ainsi insensiblement de ceux que la nature et la politique lui ont donnés pour frères et pour concitoyens ; car une lieue de chemin impraticable, ou un pont rompu équivalent à des intervalles immenses.

Ce que nous venons de dire de la nécessité de perfection pour les communications territoriales et maritimes pour l’agriculture et le commerce, s’applique aussi à la nécessité de couvrir nos frontières de forteresses inexpugnables.

Autant il est essentiel d’ouvrir tous les moyens de communication aux citoyens qui partagent nos opinions politiques et notre amour pour la liberté, autant il est nécessaire de pouvoir fermer tout accès à tous ceux qui voudraient venir se mêler de nos affaires intérieures. Fraternité, réciprocité de besoins au-dedans ; indépendance absolue au dehors : telles doivent être les bases de notre système de gouvernement

Or le grand moyen de parvenir à ce double objet consiste dans l’accélération des travaux publics, dans le perfectionnement des chemins, dans le creusement des canaux, dans les réparations et l’augmentation des fortifications à la circonférence et dans l’augmentation des travaux maritimes, et des ports.

Ces travaux sont tous du même genre ; ce sont diverses branches d’une même science, l’architecture : toutes ont besoin de l’étude préliminaire des mathématiques et des arts mécaniques. Pourquoi donc ne réunirions-nous pas tous ces objets sous une seule et même administration, qui n’aura à se fixer que sur des opérations analogues les unes aux autres, qui coordonnera l’ensemble et l’activité nécessaires, y apportera l’économie désirable, amènera la perfection à laquelle nous devons parvenir le plus promptement possible, effacera les rivalités, l’esprit de corps et les restes des préjugés qu’il produit.

C’est d’après ces diverses considérations que le comité vous propose de former, dès ce moment, une commission nationale pour tous les travaux publics de quelques genres qu’ils soient, à l’exception des manufactures d’armes, et de l’exploitation des mines, pour lesquelles il y a une commission spéciale créée par vous.

Nous en excepterons aussi la construction des vaisseaux et de toute espèce de bâtiments, que le comité a cru devoir laisser sous la direction du ministère de la marine, à cause de l’activité extraordinaire qui règne dans tous les ports.

Cette commission, composée de trois membres, comme celles que vous avez déjà établies, sera chargée déjuger et d’administrer les divers genres de travaux publics, tant civils et militaires que maritimes, de répartir les fonds qui leur seraient affectés, d’ordonner les travaux, d’y employer les agents les plus propres à chaque détail suivant leur expérience et leur capacité, de former des élèves, et enfin de procurer au conseil exécutif, soit pour les armées de terre et de mer, soit pour les colonies, soit pour les départemens, tous ceux dont il pourroit avoir besoin.

Le droit de réquisition et de préhension dont vous avez armé les commissions des subsistances et des approvisionnemens, la commission des salpêtres et des poudres, doit être également l’apanage de la commission nouvelle des travaux publics. Comment feroit-elle ses opérations si elle n’avoit le droit de requérir les matières nécessaires aux constructions qui lui sont attribuées, pourvu toute fois qu’elle se conserte avec la commission des subsistances et des approvisionnemens, qui en cette matière doivent concourir par leurs réquisitions, au lieu de se contrarier.

La commission pourra aussi requérir les ingénieurs militaires, les sapeurs et les mineurs lorsqu’ils ne seront pas en activité dans les armées. Les citoyens qui exercent cet art se rattachent naturellement aux travaux dirigés par la commission, soit pour les ports, soit pour les fortifications. Tant qu’ils ne sont pas en activité dans les armées, ils appartiennent aux travaux civils. Tant qu’ils n’exercent pas leurs fonctions pour les opérations de la guerre, ils rentrent dans les travaux ordinaires que la nation fait faire.

Pour obvier à toutes les difficultés, le décret que je vais lire porte que les ingénieurs, sapeurs et mineurs seront mis à la disposition des ministres de la guerre et de la marine, par un arrêté du conseil exécutif, pendant tout le temps que leur service sera nécessaire aux armées. Pendant tout ce temps ils seront exclusivement sous les ordres des ministres.

Mais ce qu’il importe d’effectuer, c’est de déblayer le rninistre de la marine, de la guerre, et de l’intérieur des bureaux relatifs aux travaux publics, aux fortifications, aux travaux des ports, à la défense des côtes, et aux divers dépôts qui y sont relatifs.

Citoyens, au milieu des intrigues contre-révolutionnaires qui s’ourdissent, disparaissent, et se renouvellent successivement sous diverses bannières autour de vous, il sera beau de voir la Convention nationale, immobile au sein des tempêtes, s’occuper de l’éternité de la République, par les grands monumens, les ports, les canaux, les voies publiques et les ouvrages nationaux qui doivent imprimer sur la terre d’Europe la trace indestructible des proclamations des droits de l’homme et du citoyen.

On a souvent parlé de l’abolition de la mendicité : on n’a employé que des maréchaussées, des moyens de répression, et un code pénal ; c’étoit ouvrir des tombeaux à l’humanité malheureuse, au lieu d’ouvrir les travaux publics à l’indigence valide.

Laissons les travaux de charité aux monarchies ; cette manière insolente et vile d’administrer des secours ne convient qu’à des esclaves et à des maîtres.

Substituons-y la manière grande et utile des travaux nationaux ouverts sur tout le territoire de la République. Associons le travail individuel à la prospérité nationale ; secourons l’indigence présente en diminuant par des communications nombreuses et faciles les causes de l’indigence future ; honorons le travail, seule richesse des Nations, et portons les hommes, en travaillant pour la République, à se faire du bien.

Ne corrompons plus les âmes par l’habitude de l’oisiveté ; n’allarmons plus la société par les poursuites d’une oisiveté exigeante : l’homme ne peut devoir sa subsistance et ses jouissances qu’à ses travaux, qu’à la meilleure distribution des fortunes et à la prospérité publique.

Voici le projet de décret. (Il est adopté en ces termes).


« La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de salut public sur la nécessité de mettre plus d’ensemble et d’uniformité dans la direction de travaux publics qui doivent être ordonnés par le gouvernement et payés par le trésor national, décrète :

« Art. I. Il sera formé une commission de travaux publics, qui réunira tout ce qui est relatif à cet objet. Cette commission sera composée de trois membres nommés par la Convention nationale sur la présentation du comité de salut public.

« II. Ces trois commissaires délibéreront entre eux sur les objets de leur établissement déterminés ci-après. Ils dirigeront immédiatement tous les travaux publics, tant civils que militaires ou maritimes, tels que les ponts-et-chaussées, voies et canaux publics ; les fortifications, ponts et établissemens formés pour la défense des côtes ; les monumens et édifices nationaux ; les ouvrages hydrauliques et de dessèchemens ; la levée des plans, formation des cartes, et enfin toutes les espèces de travaux dont les fonds seront faits par le trésor public.

Sont exceptés seulement ceux qui concernent la fabrication des armes et l’exploitation des mines pour lesquels il y a une commission particulière créée, et provisoirement la construction des vaisseaux de la République, qui restera, quant à présent, sous la direction du ministre de la marine.

« III. Les trois membres de la commission des travaux publics seront responsables solidairement

L’un d’eux signera alternativement toutes les opérations pendant dix jours. Il aura séance au conseil executif provisoire.

Le traitement de chacun de ces commissaires sera de 12000 liv. par an.

« IV. Cette commission s’occupera des objets suivans :

1° De l’examen de tous les projets qui lui seront adressés par les administrations concernant les travaux publics.

2° Des construction, entretien et surveillance des ouvrages et établissemens nationaux.

3° De la création d’un mode simple, uniforme et général d’administration, d’exécution et de

comptabilité pour les travaux. 4° Du choix des articles, de leur classement et répartition.

5° De l’établissement d’une école centrale de travaux publics, et du mode d’examen et de concours auxquels seront assujettis ceux qui voudront être employés à la direction de ces travaux.

« V. La commission est chargée de pourvoir aux approvisionnemens des matières de toute espèce nécessaires à la confection des travaux publics.

En conséquence, elle passera les marchés convenables. Elle pourra exercer le droit de réquisition ou de préhension sur les objets nécessaires aux constructions de son ressort, en se concertant à cet égard avec la œmmission des subsistances et approvisionnemens.

« VI. Elle aura également le droit de réquisition sur les ouvriers nécessaires à l’exécution des travaux publics. Elle aura à sa disposition les ingénieurs militaires, ceux de la marine, ceux des ponts et chaussées, ainsi que les mineurs et les sapeurs, lorsqu’ils ne seront pas en activité aux armées.

Ces ingénieurs, mineurs et sapeurs seront mis à la disposition du ministre de la guerre ou de la marine, par arrêté du conseil exécutif provisoire, pendant que leur service sera nécessaire aux armées, et alors ils seront exclusivement aux ordres de ces ministres.

« VII.Les bureaux des ministres de la guerre et de l’intérieur, relatifs aux travaux et ceux du ministre de la marine, concernant les ports et la défense des côtes, les différens dépôts attachés à ces ministres, et en général tous les papiers qui se trouveront dans les recueils du conseil exécutif provisoire, concernant des objets relatifs aux établissemens et travaux publics, seront distraits sur-le-champ de ces recueils ou bureaux, pour être attachés à ceux de la commission.

« VIII.La commission des travaux publics sera sous la surveillance immédiate du comité de salut public, auquel elle rendra compte de toutes ses opérations.

« IX.Les fonds décrétés jusqu’à ce jour pour les ponts et chaussées, les travaux maritimes et les travaux publics quelconques, seront mis à la disposition de la commission.

Il sera de plus mis à la disposition de cette commission une somme de 600 livres pour subvenir aux frais de son établissement.

« X. Les ministres chargés en ce moment des diverses espèces de travaux publics continueront d’avoir la signature dans leurs parties respectives, jusqu’au 20 germinal, jour auquel la nouvelle commission prendra l’exercice de ses fonctions.

« XI.Le comité de salut public est autorisé à prendre toutes les mesures nécessaires à l’exécution du présent décret. »