Le bombardement de Caracas et l’enlèvement du président Maduro font grand effet. Il y a de quoi.
On pourrait par exemple commenter longuement l’intervention servile de Macron ou la non-intervention de l’Union Européenne, spectatrice inutile.
Mais pour autant rien de nouveau. Les puissances impérialistes et coloniales ont toujours agi de la sorte. Les Etats-Unis en Corée, au Vietnam, au Nicaragua, en Irak… Et avant eux la France, la Grande-Bretagne ou la Belgique faisait de même en Afrique ou en Asie. Quand empire avoir besoin, lui toujours agir ainsi.
On le sait depuis la répression d’Alexandre le Grand en Palestine (déjà), celle des révoltes serviles à Rome ou, plus récemment, celle de la Révolution française ou de la Révolution russe.
Toujours, l’empire fait sa loi par la force, enfin essaye et fait paraître ça pour le rétablissement de l’ordre. Ordre bourgeois on s’entend. C’est-à-dire la primauté de la propriété et le rétablissement de ses intérêts supérieurs.
Sitôt qu’on montre une volonté un tant soit peu déterminée de changer cet ordre, sans vouloir le renverser, y compris si ce n’est que localement, on aura droit au déchainement de la foudre.
Maduro n’est pas un saint et d’ailleurs son cas est peu intéressant. Ce qui compte, c’est la démonstration de la puissance américaine, et c’est de celle-ci dont il faut tirer des leçons.
A quoi devrait ressembler un gouvernement révolutionnaire prolétarien ?
Les événements récents nous disent : en tout cas pas à une assemblée générale de la bourse du travail (sous sa forme actuelle).
Il faut à ce moment se projeter, et essayer de projeter dans cette configuration ce qu’il vient de se passer. C’est un exercice auquel se sont déjà prêtés Robespierre, Lénine, Sankara ou Mao, avec plus ou moins de succès, et que jamais il ne faut prendre à la légère.
Imaginons (c’est un exercice de pensée difficile dans la conjoncture), qu’un gouvernement révolutionnaire arrive au pouvoir en France (puisque c’est le pays qui nous concerne au premier chef). Que ce soit par les urnes dans une forme apparemment molle mais idéalement déterminée telle que se présente LFI, ou par la grève générale et la prise du pouvoir par les travailleurs coalisés, tel qu’y prétend RP, ou quoi que ce soit de barycentrique ayant des prétentions sérieuses : a minima abattre l’omnipotence de la propriété et rendre sa souveraineté au travailleur.
Imaginons. L’ami Frédéric Lordon a déjà beaucoup écrit sur ce que ferait la première puissance mondiale : les marchés obligataires. Il a déjà dit ce que nous devrions faire sous peine de renoncer : franchir le point L. et y aller franchement.
C’est à ce moment que la suite nous rapproche des événements récents.
Sitôt que Mélenchon (ou le quelconque président du soviet suprême issu de la Révolution) aura proprement envoyé paître les marchés obligataires et les propriétaires fonciers via le rétablissement d’un circuit du trésor et l’expropriation des bailleurs, sa tête sera mise à prix.
Cette personne, ou ce comité, ou ce soviet, ce « conseil », devra savoir qu’à sa vie tient la survie de la révolution. Sans lui, ou elle, ou eux, les efforts révolutionnaires ne seront pas suivis (à moins d’avoir un peuple tout entier révolutionnaire), tant est grand l’effort de seulement survivre en période de renversement.
Et il mourra, car, précisément, la Delta force et la CIA ne pourront jamais le laisser opérer. Qu’un pays comme la France bascule dans le communisme, voilà ce que JAMAIS ne laissera faire le capitalisme coalisé. Il n’a pas laissé faire l’Allemagne de 1919, il ne laissera pas faire la France de 2026. Il y aura des morts, des espions, des saboteurs, des armées blanches, des traîtres.
On a déjà beaucoup écrit sur la prise de l’Etat en contexte révolutionnaire. Mes camarades de X-Alternative ou de Intérêt Général y pensent, par le spectre des ingénieurs ou des cadres fonctionnaires, économistes ou statisticiens. C’est nécessaire, mais face à cela, et c’est LA leçon à tirer de l’intervention américaine à Caracas, il faut des choses encore plus essentielles :
– Un peuple en armes avec la révolution chevillée au corps (on en est loin)
– Une armée loyale, équipée et entraînée
– Des services de contrespionnage de fer
La première, la plus difficile, car il faut que le comité dirigeant soit remplaçable et puisse mourir sans casser le moral du peuple. Un Lénine oui, mais que derrière il n’y ait pas Staline mais 30 Lénine de plus, et derrière chacun 30 de plus.
La seconde car en face viendront des F35, des frégates, des hélicoptères, des chars, des forces spéciales, et qu’on ne combat pas ces choses-là avec des pétitions ou des AG, mais avec des Rafale, des frégates, des forces spéciales, des hommes et des munitions. Ce ne sont pas des choses qui s’inventent en 3 mois ni qu’on peut sortir d’une AG dialectiquement : ce sont les résultats d’énormes chaînes industrielles très complexes qu’il faut contrôler, dès avant la révolution, ou a minima immédiatement après, donc avant. D’ailleurs, l’effort révolutionnaire devrait prioritairement essayer d’infiltrer l’armée et ses chaînes de production.
La troisième, et le cas Maduro l’illustre cruellement car un traître bien placé peut faire arriver la CIA n’importe où. Ce traître existera, mais il faut qu’il soit d’abord démasqué par un service de fer. Djerzinsky a monté la Tchéka avec l’aval de Lénine pour cette raison : Sitôt quoi que ce soit de sérieux de commencé, et ce message s’adresse aussi bien à LFI qu’à RP, il faut traquer les agents étrangers, les traîtres et s’en débarrasser (voir notre proposition de GOULAG).
Avoir une position révolutionnaire sérieuse suppose d’avoir ce minimum de conséquence.
